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Février 2004

La Réunion: Le ras le bol des communaux

"Trop, c'est trop", semblent vouloir dire les 11 400 salariés de la fonction publique territoriale, qui revendiquent leur titularisation depuis des années. À partir de ce matin, les représentants syndicaux des employés communaux ont prévu d'entamer un mouvement de grève illimitée. Les gouvernements se succèdent sans que leur situation se soit améliorée, ils ont donc décidé de descendre une fois de plus dans la rue.

Le porte-parole de l'intersyndicale (CFDT-CGTR-FO-UNSA), Jean-Pierre Rivière, estimait hier que la manifestation de ce matin, qui débutera devant le Jardin de l'État à 9 heures, rassemblera autant de personnels qu'en 1998. "Cette année-là, nous étions environ 7 000 dans la rue" se souvient-il. "En comptant les emplois aidés, 23 000 personnes sont concernées. La situation dure. En moyenne, l'ancienneté des non titulaires est désormais supérieure à dix ans", souligne le porte-parole. L'intersyndicale réclame un engagement ferme de la part des maires et de l'État en faveur d'un calendrier de négociations. "Nous souhaitons simplement une date de début et une date de fin pour ce dialogue, c'est tout". Car le fond du problème est avant tout financier. Les communes, qui sur le principe sont en général favorables à la titularisation, estiment qu'elles ne disposeront pas des fonds nécessaires à cette opération, qui implique le versement de la prime et l'application de l'index de correction de salaire à tous les fonctionnaires territoriaux."Nous avons rencontré le préfet en juillet. Normalement, vu ce qui avait été annoncé, nous aurions dû obtenir une réunion en octobre. Mais rien n'est arrivé. L'association des maires de France débattait du problème, et le représentant de l'État souhaitait attendre la fin des discussions, pour parvenir à un consensus", ajoute l'intersyndicale. L'association des maires de la Réunion, présidée par Jean-Louis Lagourgue, a tout de même convié les centrales, "mais après les élections cantonales et régionales. Or d'après ce que je sais, les élus du département et de la région ne sont pas concernés", proteste Jean-Pierre Rivière.

À ce jour, douze communes ont intégré leur personnel depuis 1996, année au cours de laquelle une étude de l'association des maires de la Réunion avait estimé le coût de cette titularisation (pour l'ensemble des non titulaires) à environ un milliard de francs. "Aujourd'hui, cette somme serait forcément plus réduite puisque douze communes ont, entre-temps, franchi le pas" argumente l'intersyndicale. En vue de relancer les communes sur ce point, les manifestants feront une escale au local de l'association des maires, avant de prendre la direction de la préfecture, où aucune délégation n'est prévue, puisque le préfet Gonthier Friedericci connaît le dossier, "à moins qu'il ait quelque chose à nous proposer", précisent néanmoins les syndicats. Les effets de cette grève risquent d'être dès aujourd'hui importants, en particulier dans les cantines scolaires du premier degré.

LES CANTINIÈRES ONT TOUJOURS ÉTÉ TRÈS MOBILISÉES

En effet, les cantinières ont jusqu'à présent été très mobilisées lors des rassemblements de non-titulaires. Rappelons qu'elles constituent presque un tiers des personnels de mairie à temps complet. Seules les écoles qui peuvent directement dépendre des cuisines centrales n'auront certainement pas de soucis ; dans les autres cas, les mairies devront trouver une solution de rechange. La plupart du temps, les parents ont été avertis à l'avance, et des sandwiches devraient combler la faim des élèves. Par ailleurs, la surveillance des interclasses risque aussi d'être sérieusement perturbée dans les écoles, et d'autres dysfonctionnements sont à prévoir dans les structures d'accueil de la petite enfance, notamment à Saint-Denis.

Les administrations des mairies seront bien entendu les services les plus perturbés par le mouvement. Mieux vaudra, par conséquent, éviter d'envisager une demande de document officiel aujourd'hui... Cette paralysie des services étant justement le but recherché par les syndicats pour prouver que le travail des fonctionnaires non titulaires est essentiel. "Il est temps de reconnaître cette fonction d'employés de service public des communes, ce rôle de proximité", selon Jean-Pierre Rivière.
Demain, si aucune avancée n'est enregistrée, l'intersyndicale reconduira le mouvement. En matinée, une nouvelle manifestation aura lieu à Saint-Denis, mais cette fois avec la participation des fonctionnaires du conseil général, qui se disent prêts à la grève et à descendre dans la rue par solidarité pour leurs confrères. "Au conseil général, le mimétisme municipal est bien présent : 2 000 précaires pour 2 000 titulaires, absence de dialogue social, mépris du paritarisme, clientélisme", dénoncent les salariés du département.

Les deux parties campent sur leurs positions. Il se peut toutefois que la grève, dans ce contexte électoral, incite un peu plus que d'habitude les élus locaux de la majorité à attirer l'attention des parlementaires et du gouvernement sur cette situation. Une stratégie qui ne date pas d'hier. Mais compte tenu de la politique d'austérité entamée par le gouvernement en matière de dépenses publiques, tout accord global semble à court terme peu probable.

Sébastien Laporte / 16 février 2004.

  • Refus net du gouvernement

Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin n'a pas changé de cap sur le thème de la titularisation des employés communaux. En février 2003, le Premier ministre, on s'en souvient, n'avait pas apporté de réponse. Lors de l'examen de la loi programme pour l'Outre-mer, la majorité n'a pas accepté l'amendement de Paul Vergès, favorisant cette titularisation. Et lors de son récent passage sur notre île, la ministre Brigitte Girardin a rappelé que les négociations n'étaient pas à l'ordre du jour : l'alignement du statut doit être fait sur la fonction publique métropolitaine. Exit, donc, la prime de vie chère et l'index "de correction de salaire". L'intersyndicale réitère depuis 1998 les mêmes revendications, le gouvernement répond sans cesse que ces conditions ne sont pas envisageables. Un dialogue de sourd ? Quoi qu'il en soit, les maires sont prêts à relancer le dialogue, mais après les élections.

Source : 2001©Clicanoo.com - Le Journal de l'île - Contact : info@clicanoo.com


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