parcoursup’ ou la face cachée du macronisme

vendredi 4 mai 2018
par  PAS 38
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On a déjà beaucoup vu ou beaucoup dit sur l’autoritarisme de l’adjudant-chef Blanquer dont les oukases transforment les enseignants – chercheurs – artisans en exécutants d’une chaîne industrielle de décervelage. Même chose sur le fond de commerce du « c’était mieux avant » avec le recours sorcier aux neurosciences afin de faire passer les bonnes vieilles méthodes d’autrefois pour le nectar du modernisme. Ca semble marcher dans l’opinion publique, le populisme ayant le vent en poupe.

Parcoursup a le mérite de dévoiler cette fois la véritable âme du macronisme. Il s’agit d’écarter les milieux populaires des études longues, voire des études tout court, pour en faire le vivier d’une main d’œuvre adaptable et corvéable à merci. Le fichage scolaire (dont Parcoursup est un élément) est au service d’une traçabilité sans faille de cette main d’œuvre. Chacun devra se vendre sur la base des compétences acquises. Entre temps, les conventions collectives, le droit du travail, les CHSCT et même le paritarisme auront été rayés de la carte (ce n’est pas de la fiction, c’est le but de Macron et ça se met en place actuellement). Vive la compétition exacerbée dans des relations directes entre patron et salarié ! Notons que la même chose est prévue dans la Fonction Publique où c’est le chef d’établissement qui choisira bientôt ses enseignants, pardon, ses exécutants, et où les progressions de carrière seront intégrées au délicieux management néolibéral.

Dans le milieu scolaire, le déterminisme social français est déjà un des plus forts au monde. Tout ce que met en place Blanquer va renforcer les difficultés pour un élève issu de milieux défavorisés de réussir scolairement. « En même temps » le ministre bonimenteur et son maître font disparaître les causes sociales des difficultés scolaires. Il s’agit de renvoyer chaque enfant ou chaque jeune à ses responsabilités. S’il échoue, c’est de sa faute à lui, c’est qu’il ne saisit pas sa chance. Et Parcoursup est justement fait pour renforcer cette culpabilité, avec des réponses négatives et des attentes insupportables jusqu’en septembre, même avec le bac en poche pour ceux qui n’auront pas été suffisamment découragés. Il suffirait de reprendre le principe de la hiérarchie des vœux d’APB, Admission Post Bac, pour largement fluidifier les acceptations. En refusant de prendre en compte les souhaits des jeunes, sinon via des lettres de motivation qui ne sont pas lues, il y a donc une stratégie de fragilisation voire d’humiliation ! C’est comme si au mouvement on ne hiérarchisait plus nos vœux en nous demandant une lettre de motivation pour chaque poste demandé ! Mais chut, comme évoqué plus haut, c’est peut-être ce qui nous attend !

Les algorithmes propres à chaque université, comme par hasard non publics, jouent dans Parcoursup un rôle déterminant pour écarter les jeunes des quartiers mal réputés. Ainsi il apparaît au grand jour que des critères sur le lycée d’origine sont faits pour écarter même les bons élèves des banlieues diffamées. L’odieux élitisme républicain passera bientôt pour un modèle de vertu !
Les étudiants sélectionnés auront eux bientôt droit à des universités payantes. Un emprunt de plusieurs dizaines de milliers d’euros sera pour la plupart nécessaire pour entrer en fac, comme aux USA. Il était temps que la France devienne adulte et que l’éducation soit enfin privatisée et source de profit. Albert Jacquard, pour qui l’accessibilité « universelle » de l’université à tous et gratuitement était un critère majeur d’un Etat démocratique, doit se retourner dans sa tombe …

APB fichait mais n’écartait pas (le tirage au sort, habilement décrié par Blanquer, était plus que marginal). Parcoursup est l’outil idéal pour revendiquer clairement le manque évident de budget public pour les facs et pour trier en profondeur. Face à cette vision de l’éducation et de la société qui tournent le dos à l’humanisme, il nous faut toujours revendiquer des pédagogies émancipatrices visant la réussite du plus grand nombre, avec des moyens (effectifs, formation, RASED, etc …) à l’appui. Nous ne devons pas nous rendre complices du fichage et de l’exclusion. Le sens de notre métier est en jeu.

Claude Didier


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