Notre appel au boycott des évaluations CP

mercredi 20 septembre 2017
par  udas
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Les évaluations de CP ne sont pas qu’inutiles : elles sont surtout artificielles, individualistes, réactionnaires, stigmatisantes, technocratiques et autoritaires ; il faut donc les refuser !

Inutiles

Les enseignants n’ont pas besoin de ces outils imposés pour avoir, en début de CP, une « connaissance précise des acquis des élèves », afin de « choisir les meilleurs outils pour un enseignement adapté aux besoins de chaque élève » et de « répondre à leurs difficultés ». Les situations d’apprentissages qu’ils proposent offrent naturellement et fréquemment de telles opportunités, dont ils se saisissent … sans forcément saisir les observations (sur ordinateur) et sans avoir nullement besoin de le faire pour l’administration.

Artificielles

C’est le retour à des évaluations complètement sorties de vraies situations d’apprentissages. Elles ne font pas sens pour les élèves qu’elles sont justement censées aider ; seuls les élèves déjà à l’aise dans des situations exogènes d’exercices (hors contexte d’apprentissage vrai) rentreront facilement dans ces évaluations.
D’autant plus que le ministre nous demande d’évaluer des apprentissages qui ne font pas partie des programmes en cours.

Individualistes

Le fait d’attendre une « connaissance précise des acquis des élèves » signifie qu’il faut absolument le faire avec des conditions de passation strictement individuelles. Là aussi, les élèves déjà à l’aise peuvent rentrer facilement dans de telles tâches personnelles. Pour les autres, on empêche le recours à l’ambiance naturelle et rassurante du quotidien, à la recherche collective du groupe classe ou de petits groupes, à la coopération, à l’entraide, au tutorat, en jouant sur le temps, la durée pour aller progressivement vers une capacité à maîtriser individuellement ces tâches. L’aspect solennel des évaluations nationales induit en erreur les enseignants, surtout les débutants, les élèves et les parents d’élèves, sur le fonctionnement de l’école. Si des temps adaptés d’évaluation individuelle sont utiles, la mise en examen presque aux premiers jours de l’école élémentaire en dit long sur le statut de l’élève et sur la préparation au monde de la compétition.

Stigmatisantes

Bien entendu les élèves en difficulté, ceux qui ne baignent dans l’écrit qu’à l’école, ceux qui manquent de maturité, seront en échec et de manière formelle, même si on ne leur dit pas c’est comme ça qu’ils le vivront pour la plupart.
On ne sera pas surpris qu’une fois de plus les évaluations ne partent pas du plus simple, où tout le monde peut réussir et prendre confiance, pour aller vers le plus compliqué, où seuls quelques-uns réussiront, car dans ces évaluations nationales les plus forts s’ennuieront. Le code de l’écrit n’est de toutes façons pas simple pour ceux qui ne sont pas encore rentrés dedans, mais même sur le code il était possible de commencer par des situations plus faciles que celles proposées : démarrer par des situations avec iconographie, choix de mots plus usuels (le prénom de l’élève ne fait pas l’objet d’exercices), travail sur de plus petites quantités en mathématiques …
Parfois le codage des résultats est carrément stupide, quand 1 ou 9 bons résultats sur 10 produisent le même code (exercices 3 et 4 en français).
Même s’il est demandé de rendre compte des résultats aux parents d’élèves de manière bienveillante (« les acquis des élèves seront valorisés, les parents seront rassurés … »), on voit mal ce qu’on pourra construire comme discours positif avec les parents d’élèves en grande difficulté, vu que ces élèves vont –presque- tout rater. On voudrait faire exprès de stigmatiser qu’on ne s’y prendrait pas autrement !
Ces évaluations sont tout à fait compatibles avec un tri précoce des élèves, avec en vue le marché du travail et une entrée plus précoce en apprentissage des plus faibles, en les privant du bagage nécessaire à l’exercice de la citoyenneté et à l’épanouissement et à l’émancipation …

Réactionnaires

En plus de toutes ces critiques qu’on pourrait qualifier « de forme » (sans qu’elles soient secondaires), se joue sur le fond un retour à la période clairement réactionnaire de De Robien – Sarkozy – Chatel où excellait alors dans l’ombre un certain Blanquer. C’est le retour de la chasse aux sorcières, la cible étant les praticiens de la méthode globale de lecture, alors qu’elle n’est pas pratiquée : en réalité sont visés ceux qui accordent une importance forte au sens de l’écrit. Car nos chantres de l’inquisition, nos adeptes du maccarthisme, ne supportent pas la pédagogie ni la complexité des apprentissages. Ils les massacrent en s’appuyant de manière pseudoscientifique sur les neurosciences, de manière pseudoscientifique car ils ne retiennent des neurosciences que des fragments de connaissance (ceux qui les arrangent) pour justifier le retour à la sacralisation du code, du b-a-ba, du lien entre lettre et son, de la fragmentation comme base de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ce code, utile comme outil, est présenté comme une fin en soi pour devenir un lecteur expert. Or ce dernier anticipe énormément et ne se sert du code que pour vérifier ses hypothèses. Et il est prouvé que le désordre des lettres de tous les mots d’un texte, à condition que la première et la dernière lettre de chaque mot soient bien placées, ne nuit nullement à la compréhension d’un texte, preuve que le cerveau travaille de manière bien plus complexe que ce que prétendent ces charlatans.
On ne sera donc pas surpris de voir que ces évaluations font la part belle au code, aux lettres, aux syllabes, aux mots, en dehors de toute situation de vraie communication orale ou écrite, à l’exception de l’exercice 9 qui vérifie la compréhension du sens d’une histoire (mais via des titres, ce qui limite cette vérification à une entrée qui n’est ni la plus simple ni la plus importante) et du 13 sur la classification d’images dont la situation de jeu a du sens. Les situations d’écriture sont tout autant dénuées de sens. Le comble c’est d’évaluer sur le nom des lettres sans s’attacher le moins du monde aux sons qu’elles peuvent produire : artificialité et détournement du sens de la lecture, ce qui est très contre-productif. On retrouve chez le ministre l’erreur de représentation mentale initiale que font de bonne foi de nombreux parents d’élèves ; est-ce que le ministre commet cette erreur inconsciemment ?
Ce qui est dit sur la lecture l’est aussi sur les mathématiques, la maîtrise du code et du vocabulaire étant clairement « ce qui compte », au détriment du calcul vivant (lié à la vie) qui donne du sens. Certes les situations, un peu plus ludiques qu’en français, favoriseront sans doute l’adhésion d’un plus grand nombre d’élèves, mais bon nombre d’exercices se font sans visualisation des quantités et sans aucune manipulation, comme si le calcul mental devait être acquis en début de CP, comme si la multiplicité des modes de calcul était d’emblée niée.
En français comme en mathématiques, le sens et la conceptualisation, la construction intelligente des savoirs, sont niés. Les décennies de progrès dans la recherche pédagogique n’intéressent pas M Blanquer car elles contredisent ses fins simplistes et réactionnaires.

Technocratiques

« Contribuer à atteindre ainsi l’objectif de 100 % de réussite à l’école primaire » : de qui se moque-t-on ? Mettre sciemment des élèves en échec (et ils seront nombreux dans les quartiers défavorisés) afin de les faire réussir tient du tour de magie. La prestidigitation comme axe fort du plan de formation ?
Le protocole national, les livrets de l’élèves et ceux de l’enseignant, les modalités de passation, les corrections et le codage des résultats saisis dans un tableur, le rendu aux parents, l’analyse des acquis et des besoins en conseil de cycle, cela nous manquait terriblement. Enfin nous redevenons des enseignants adultes et responsables. Enfin nous nous redoutons d’outils performants pour enseigner et faire réussir. Enfin nous n’aurons plus l’impression de perdre notre temps !
Dit autrement car il faut le redire, ces évaluations nationales ne servent à rien, sont dangereuses et donnent du travail supplémentaire, qui n’apporte rien ni aux élèves, ni aux parents d’élèves, ni aux enseignants. Alors à qui sont-elles utiles ?

Autoritaires

Le fichier des résultats anonymés sera adressé par le directeur de l’école à l’IEN « à des fins de pilotage et d’accompagnement de l’action pédagogique ». Il y a fort à parier que ces résultats ne seront anonymes qu’au début, et qu’un jour, quand les enseignants se seront réhabitués aux évaluations nationales et se seront adaptés à leur systématisation à tous les niveaux de classe et deux fois par an pour apprécier « les progrès des élèves », ils seront prêts à transmettre des données nominatives qui viendront compléter le LSUN.
Tout le monde l’a bien compris : ces évaluations nationales de début de CP ne sont qu’une première étape dans la mise au pas de l’école. Tout doit être évaluable, chiffrable, traçable, afin de définir des objectifs de compétitivité.
Mais les données transmises par une école à l’administration ne cachent ni l’identité de l’école ni celle de ses enseignants, de CP ou d’autres niveaux. Le pilotage et l’accompagnement de l’action pédagogique, ce sera du management aux résultats. Les projets d’école seront moins que jamais des projets pédagogiques : c’est à partir de chiffres, de courbes et d’attendus qu’on définira les objectifs de l’école et des enseignants, très loin des projets éducatifs qui donnent du sens à l’école. On vérifiera une fois de plus que bon nombre d’enseignants adapteront leurs pratiques aux attendus des évaluations. Préparer les élèves à ces exercices artificiels se fera au détriment des situations de vrais apprentissages. La maternelle reprendra le chemin des fiches d’exercices techniques au détriment des cahiers de vie et de réussite. L’élémentaire deviendra un univers de compétitions entre écoles.
La novlangue permettra à l’administration de cacher plus ou moins son autoritarisme. Mais au final ce sont des enseignants au garde à vous qu’on souhaite. Si vous pensez imaginiez que les « rendez-vous de carrière » seront seraient préférables aux inspections classiques, pensez-vous un seul instant que le retour aux évaluations nationales ne sera pas tout bénéfice pour ce management autoritaire nouveau, prétendument moderne, qui vise à la conformité et à l’atteinte d’objectifs chiffrés, aux antipodes des enseignants innovants, chercheurs et coopérant entre eux ? Les « rendez-vous de carrière » manqueront sérieusement de romantisme, avec la compétitivité comme principal horizon ! Au fait, quelle formation est-elle proposée aux enseignants pour pallier aux difficultés des élèves ?

Il faut donc refuser les évaluations nationales de CP et de tous les autres niveaux ! Le PAS 38 s’engage à soutenir tous les enseignants et toutes les équipes qui boycotteront les évaluations nationales. Une intersyndicale se met en place pour créer un rapport de force face aux méthodes réactionnaires du ministère.


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