Edito du journal du PAS 38 n°163

vendredi 2 juin 2017
par  PAS 38
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« On fait pas de politique. On donne un coup de main pour coller les affiches, mais c’est pas vrai, on n’est pas de droite ! » disait le regretté Coluche.
Ceux qui ont crû au « ni droite ni gauche » ou au « et droite et gauche » de la campagne Macron en ont été pour leurs frais. Il n’était déjà pas rassurant de voir arriver « Toutânmacron » devant la pyramide du Louvre le soir du sacre ni de le voir juché sur un véhicule militaire tous terrains le jour de la passation. La com’ du chef en dit long sur ses valeurs éducatives ! Ses choix dans la composition du gouvernement montrent que, pour les ministères régaliens, les PS libéraux et le Modem font l’affaire puisque compatibles avec le complexe militaro-industriel, la santé du commerce extérieur (même si on vend n’importe quoi) en guise de diplomatie et l’autoritarisme d’Etat. On amuse la galerie avec les postes subalternes, environnement (même si un titre de ministre d’Etat est censé rassurer) – culture – sports – égalité ... On rentre dans le vif du sujet avec l’économie et l’éducation, à droite et à droite !
Le choix de Blanquer à l’Education Nationale a le mérite de la clarté.
On ne choisit pas le meilleur serviteur des politiques réactionnaires de Gilles de Robien (la syllabique et l’esprit des programmes de 2008, c’était lui) et de Luc Chatel (l’organisation de la suppression de 80 000 postes, l’arrêt de la formation initiale, le massacre des RASED, c’était lui), on ne choisit pas un ami du très réactionnaire SOS Education, pour mener une politique visant l’émancipation de futurs citoyens et maintenir la bienveillance éducative et la réhabilitation de la pédagogie entraperçues dans les années Peillon, Hamon et Vallaud-Belkacem (malgré les insuffisances de moyens, la précipitation et l’autoritarisme des ministères PS de l’EN).
Il s’agit bien, désormais, de mener une politique éducative compatible avec la vision très libérale de l’économie que met en place Macron.
L’employabilité remplace la citoyenneté.
La transmission verticale des savoirs fondamentaux pour être compétitif dans la vie remplacent la pédagogie (Blanquer raillant le « pédagogisme ») : adieu l’apprentissage des savoirs nécessaires pour créer, s’épanouir, devenir les futurs citoyens ? L’espérance de vie des nouveaux programmes pourrait s’avérer des plus limitées !
L’autonomie des chefs d’établissement, à l’instar du fonctionnement des entreprises, remplace celle, déjà mise à mal depuis longtemps, des équipes pédagogiques. Nous ne tarderons pas à avoir enfin des chefs d’établissement 1er degré, supérieurs hiérarchiques, sélectionneurs des membres de l’équipe, évaluateurs des personnels, de vrais patrons, quoi. Comment respirer sans cette hiérarchie de proximité ? Comment fonctionner entre pairs ? La souveraineté du conseil des maîtres, qui nous est chère et que des années de substitution par les tâches et le rôle du seul directeur ont affaibli, demeure pour nous, contre vents et marées, la revendication majeure pour que les équipes puissent bien fonctionner.
Avec Blanquer et Macron, les moyens ne vont pratiquement pas augmenter. Certes pour Blanquer, l’homme de main du casse de Sarkozy, qu’ils ne diminuent pas (pour l’instant) est une nouveauté. Mais comment mieux réussir ainsi la formation, qu’elle soit initiale et continue, sinon en développant la formation à distance, qui est certes un bon moyen complémentaire mais qui est aussi un outil remarquable pour empêcher la réflexion partagée et les réflexes collectifs, et favoriser le management d’individus isolés ?
Créer des CP et des CE1 à effectifs réduits en REP+ et en REP peut être intéressant avec une pédagogie alternative, sans supprimer les « plus de maîtres que de classes », en complétant massivement les postes de RASED (mis à mal sous Blanquer), en donnant de vrais moyens à la politique d’inclusion au lieu de casser les classes spécialisées et en renforçant les REP+ et REP. Il n’en est rien : 12 par classe dans ces conditions ne servira pas à grand chose et servira de cache-misère …
Comment faire face à la pression démographique du second degré sans moyens supplémentaires ? En augmentant les effectifs des classes du primaire ? En relançant l’apprentissage dès 14 voire 12 ans ?
C’est avec des leçons de vocabulaire en maternelle que Blanquer prétend lutter contre les inégalités. La mixité sociale, totalement absente du programme Macron, et le bain de langage social dans des activités stimulantes, ne sont pas envisagés, pas plus que le développement des crèches.
Pour les rythmes scolaires, on est carrément dans le populisme, en offrant à chaque commune la possibilité de revenir à la nuisible semaine de 4 jours. Le rythme des enfants comptera encore moins, face au rythme imposé par l’économie et la société de consommation.
Le retour du redoublement comme arme de sélection, sans rien changer aux causes sociales ni aux méthodes pédagogiques qui aggravent les inégalités et provoquent le plus souvent les motifs de redoublement, satisfera le monde de l’entreprise, qui veut une élite et du tout-venant capable de s’adapter à des postes de travail d’exécution bas de gamme. Est-ce aux élèves à s’adapter à l’école ou à l’école à s’adapter aux élèves ? Donner du sens aux apprentissages, coopérer et s’entraider, offrir du temps et de la bienveillance, renforcer les RASED et une inclusion au cas par cas sans sacrifier les classes spécialisées : assez de ces méthodes laxistes qui ne favorisent pas la compétition impitoyable du monde du travail !
L’ouverture de l’école à l’appétit des grands de ce monde, notamment les GAFAM, y compris en leur offrant les données scolaires, le marché du numérique scolaire, et le merveilleux outil d’employabilité que sera le LSUN, une ouverture hélas déjà bien amorcée sous Hollande, va parfaire la métamorphose de l’EN en antichambre de l’économie néolibérale.
Ceux qui n’ont pas voulu voir le positif pour les élèves d’un certain nombre de réformes éducatives sous Hollande, ou ceux qui ont refusé d’en voir les graves dysfonctionnements de mise en œuvre, ont facilité l’arrivée d’une politique réactionnaire. Plus que jamais le syndicalisme enseignant a besoin de prendre en compte l’intérêt des élèves pour lutter contre l’idéologie, omniprésente dans les premiers pas de l’EN sauce Macron et Blanquer, de la compétitivité économique et du management. C’est le sens du syndicalisme du PAS 38, un syndicalisme horizontal, exigeant et soucieux de la souveraineté … du conseil des maîtres !


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