La fin de l’école communale ?

vendredi 14 octobre 2016
par  PAS 38
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La fin de l’école communale ?

En guise d’introduction : liaison école-collège
Juin 2015, un soir au collège avec des collègues du primaire et du secondaire, un IEN et une principale de collège… On discute échange sixième et cm2, on lance quelques idées, sur un ton convivial avec des pistes intéressantes.. Cela me rappelle une brochure du PAS « Echange et change »…
Enfin dans le métier on est optimiste ou déprimé, la première option domine encore .
En clôture, je me suis permis de rappeler qu’il y a quelques années nous nous sommes battus contre le statut de maitre directeur et que dans la douceur institutionnelle du moment on était entrain de nous re servir la même structure par principale de collège interposée. Quelques phrases et ..un vague sourire de connivence ont largement atténué mes propos dans cette fin de séance de fin d’année.
Septembre 2015 : Dans le début tumultueux de cette nouvelle année je me suis trouvé à relancer les échanges sur la base du fait qu’une bonne prise en main partagée permettrait de conserver une place, une autonomie relative.
Donc au téléphone l’idée d’un nouveau « défi lecture » s’installa. Je précisais alors que lors de notre réunion de lancement, je désirai reparler de la redéfinition des cycles.
Un mail me parvint, ainsi qu’aux collègues, précisant que cette année, il n’y aurait pas de défi lecture car, un travail important devait s’effectuer autour de la redéfinition des cycles.
Bon, dans un jeu de cartes quand on perd la main on attend le tour suivant pour la reprendre ..
Je n’ai pas eu à attendre longtemps..Claude du PAS a fait surgir un rapport, à mon humble avis inquiétant sur les TICE.. Me voila donc par Educ.gouv à l’IGAENR (Inspection Générale de l’Education Nationale et de la Recherche)
Impressionnante ici cette liste de dossiers en réserve..
L’un d’eux attire mon attention « Pilotage et fonctionnement de la circonscription du premier degré ». Rapport numéro 2015-025 de juin 2015. Rapport adressé à madame la Ministre de L’éducation nationale.
120 pages à parcourir ici, qu’il serait difficile de résumer mais dont voici les grandes lignes :
Les 80 premières pages du rapport consistent à faire des constats négatifs : d’une part, les circonscriptions ont un découpage arbitraire qui ne correspond ni au territoire d’une communauté de commune, ni à celui d’un collège de secteur et donc ne ferait de sens pour personne ; d’autre part les IEN sont inefficaces pour « piloter » leur circonscription correctement ; Enfin les écoles n’ont aucune autonomie juridique donc financière.
Ensuite viennent les propositions. Dans la première hypothèse, les circonscriptions seraient conservées mais redéfinies et les rôles des IEN et des directeurs modifiés. Les tâches administratives de l’Inspection partiraient toutes au département. Dans la seconde hypothèse, la circonscription disparaît et deux scénarii sont envisagés : 1) plusieurs écoles sont regroupées en « établissement public » (EPEP) avec un chef d’établissement et un conseil d’administration etc. 2) les écoles sont fondues dans « l’établissement du socle commun » (collège du secteur) sous la responsabilité du principal. Dans les deux cas, l’IEN ne s’occupe plus que d’une supervision pédagogique. C’est ce deuxième scénario qui a la préférence des rapporteuses (Inspectrices Générales).
Impossible d’examiner tous les tenants et aboutissants de l’ensemble de ces propositions. Nous vous proposons simplement quelques éléments à réfléchir.
Premier bon dans l’espace de ce document pages 86, paragraphe 414.
« Un découpage des circonscriptions en cohérence avec l’école du socle commun, pour une continuité des parcours »
Il est pointé la nécessaire adéquation des circonscriptions avec les secteurs de collèges pour une logique de cycle.
La mise en place des légitimes et intéressants CEC (Conseils écoles collège) « n’a pas conduit à des remises en cause des sectorisations existantes. Ainsi, le découpage des circonscriptions est rarement en adéquation avec les secteurs de collèges. Certains collèges sont alimentés par des écoles qui n’appartiennent pas forcément aux mêmes circonscriptions, une école alimente plusieurs collèges, et les découpages dans les grandes villes sont encore plus complexes… »

En conclusion il apparaît nécessaire de restructurer le découpage territorial et ;. A fortiori les rôles des acteurs présents aux différents endroits institutionnels.
Il apparaît que différents niveaux sont à faire évoluer en parallèle :
« -GRH (gestion des ressources humaines) avec la redéfinition des missions des acteurs clairement dévolues au suivi de la qualité des enseignements et à l’accompagnement des équipes. [ par exemple, il est précisé plus loin : « associer les directeurs à la préparation / aux conclusions des inspections de manière à étayer le pilotage pédagogique de l’école » ; déplacer très souvent les IEN pour éviter une trop grande proximité avec les enseignants...] ;
- rationalisation des modes de gestion et de pilotage qui appelle une mutualisation plus grande entre circonscriptions et une nouvelle répartition de tâches entre circonscriptions et DSDEN , la mise à disposition d’outils de pilotage du premier degré, la structuration des RPI ; [traduction de la rédaction : dans le cadre de la RGPP, il faut supprimer des postes d’administratifs car ça coûte cher]
- recherche enfin d’une cartographie qui donne tout son sens à l’unité circonscription dans une double articulation qui tienne compte des communautés de communes et des secteurs de collèges.
Cette conjugaison contribuerait à une structuration renforcée du pilotage du premier degré. » (on notera que le terme « pilotage » a ici été utilisé à trois reprises. Ce concept dans le document fait l’objet d’un développement particulier et ponctue l’intégralité de l’écrit)
Pénétrons plus avant dans la redéfinition des rôles. Paragraphe 4.2, un titre annonce les couleurs : « Une disparition des circonscriptions et une transformation . »du statut de l’école communale.
Situons la réalité administrative : « A la différence des collèges et des lycées définis comme des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE)à l’article L.421-1du code de l’éducation, l’école n’est pas définie, elle n’a pas d’autonomie et son directeur n’a pas de statut. » Je note au passage ce que je me plais à appeler une inversion maligne : nous n’avons pas d’autonomie !
Cela amène réflexion et poursuivons avec un rappel : « Dans le premier degré, le premier échelon qui dispose d’une véritable responsabilité administrative est la DSDEN… »
Je note que nous serions placés dans une situation à risques dans le cas de financements . « Certes, la majorité des crédits de fonctionnement vient des communes mais lorsqu’un projet relève de financements multiples, le niveau de gestion est difficile à trouver et peut créer un risque de substitution de responsabilité. »
Il est vrai que, avec un bon dialogue de confiance et avec entre autre chez nous le Sou des écoles comme principal financeur , on ne se pose pas ce type de problème.
Pour faire un peu plus compliqué on dira que, dans le fonctionnement du phénomène bureaucratique, la confiance n’a rationnellement pas sa place.
Vite, vite donc réformons entre-autres cela.
« Une réforme du statut juridique des écoles demande de reconsidérer les acteurs susceptibles d’y intervenir et de redéfinir les règles de leur action. »
Nous parvenons à la définition de deux scénarios.
Le premier scénario nous ramène en 2004, loi numéro 2004-809 du 13 aout 2004. Il ouvre la possibilité de créer des EPEP (Etablissement Public des Ecoles du Premier degré). Ce scénario est ici analysé avec des éléments historiques strictement administratifs. Il serait intéressant de placer en parallèle l’historique des luttes syndicales …
J’ouvre une rapide parenthèse sur la démarche bureaucratique, démarche experte cautionnée ici par l’université... il ne s’agit pas semble-t-il de comprendre un phénomène, tout acteur intégré, mais de construire un mécanisme qui puisse fonctionner.
Un tel scénario apprend- t-on a « des avantages mais des obstacles »
Et, on en vient au « second scénario : un établissement public du socle commun (EPSC), pour une continuité pédagogique affirmée. » (Argument choc en titre : « pour une continuité pédagogique affirmée » , procédure littéraire classique à relent de « marketing » que chacun d’entre nous peut pratiquer)
Quelques extraits installent parfaitement l’esprit d’un scénario qui devrait interroger nos convictions. (page 93)
« Pourquoi un établissement du socle commun ?
– si la réussite des élèves nécessite une amélioration de la continuité et de la cohérence entre les pratiques, entre les acteurs et entre les systèmes, la création d’établissements publics du socle commun répondrait à cet impératif. Un établissement du socle commun invite à penser les apprentissages sur le long terme et à dépasser les divergences persistantes, voire les oppositions, dans les cultures professionnelles du premier et du second degré ;
– un tel établissement ne peut que se centrer sur cette dynamique du socle commun et sur les conditions de sa mise en œuvre ;
– il permettrait en outre une mutualisation des moyens et mettrait fin au débat autour du statut du directeur. L’établissement du socle commun permettrait en effet d’avoir une véritable direction à la tête des écoles primaires, le chef d’établissement de l’EPSC (nous y revenons ci‐dessous) ;
– cette nouvelle structure pourrait s’ouvrir à un fonctionnement plus souple entre les degrés, et favoriser ainsi la continuité éducative au cours de chaque cycle et tout au long de la scolarité par des échanges d’enseignants entre le premier et le second degré. À terme, le temps de travail des enseignants à l’intérieur de la structure pourrait être repensé. »
La proposition est claire, pour mettre fin au débat concernant le statut, on supprime le statut !
« Les enseignants ne feraient plus simplement partie de l’équipe pédagogique de leur école ou de leur collège mais intégreraient une communauté éducative élargie. Le principal du collège deviendrait le chef d’établissement de l’établissement public du socle commun (EPSC). Il lui serait attribué – selon une estimation des besoins – un ou plusieurs adjoints du premier degré. »
Disons que l’on modifie la donne, car un ou plusieurs adjoints rendront des comptes au principal du collège.
« Pour conserver la présence d’un interlocuteur au sein de chaque école du groupement, un référent y serait nommé, non déchargé mais avec une indemnité. »
Quand même, avec une indemnité. C’est vrai qu’être « agent de renseignement » c’est un peu stressant .

Et la note jointe en bas de page de nuancer quelque peu : « Il n’y aurait donc plus de directeur d’école mais un chef d’établissement adjoint et un référent sur les sites sans personnel de direction présent en continu. »

Voila régler le « flou artistique » de la situation de directeur, encore actuelle, en comprenant bien que, à aucun moment il n’a été débattue de la réalité sociétale du dit directeur.
La situation actuelle est nous dit-on négative et on n’envisage pas une minute qu’elle puisse être positive. Nous sommes au cœur d’un processus de type bureaucratique qui dans l’installation d’une structure garantit un fonctionnement en occultant la complexité d’une réalité sociétale. Le problème était un peu similaire lorsque l’on a transformé l’existence et la présence sociétal du facteur sous prétexte de rentabiliser une entreprise.

Des chefs d’établissement ont été rencontrés par les inspecteurs généraux pour la construction de ce rapport, on peut donc largement supposer que : et les chefs d’établissement et les IEN ont eu l’information du choix qui s’installe dés l’année scolaire 2014-2015 ... Et rien bien sur n’a filtré, allez savoir pourquoi ?

Ce nouveau scénario, dont on ne connaît pas encore l’état d’avancement entraîne « …une évolution de l’évaluation, des missions de l’IEN de la circonscription. »
Les IEN « auraient à évaluer les stratégies et actions menées dans les établissements et leurs effets sur les élèves. L’accroissement de l’autonomie et des compétences du niveau local ne constituant pas en soi un acteur d’amélioration de la qualité et des performances éducatives… »
Une note, concernant ce paragraphe montre bien tout ce que l’on peut faire dire à des mots supports d’actions qui doivent d’autorité s’installer : « Le point est important car l’autonomie appelle paradoxalement un renforcement de l’encadrement pédagogique, au sens de fixer le cadre dans lequel les acteurs exercent leur autonomie » (page 96)

En guise de conclusion (ou plutôt, en espérant ouvrir le débat !) :
En toile de fond le pilotage. Le terme porte en lui-même la redéfinition des acteurs (IEN, directeur/trice, principal...).
On peut s’interroger sur, dans ce contexte, le devenir de nos pédagogies coopératives.
On peut s’interroger sur l’avenir des dynamiques de projets qui au sein des communes font vivre l’école dans un co-partenariat convivial et efficace.
On peut aussi s’interroger sur la relation des parents avec cette future usine-école.

A quoi peut-on s’attendre si ces propositions sont appliquées ? Il faut noter dans le rapport la critique incessante de tout ce qui est petit : trop petites écoles, trop petites communes, trop petites intercommunalités parfois. La proximité et ses avantages n’ont pas leur place dans la planification technocratique libérale …
L’originalité des écoles, sans statut d’établissement, sans chef supérieur hiérarchique, c’est un conseil des maîtres qui, même sans fonctionnement collégial, donne encore des boutons à notre administration de par son horizontalité et son ouverture à tous (le conseil pédagogique du collège n’est pas ouvert à tous les profs du collège, c’est le principal qui décide de sa composition). La comparaison est assez analogue entre conseil d’école et CA de collège.
Le pilotage et l’autonomie (juridique) recherchés par les inspecteurs généraux s’effectueraient contre le pouvoir du conseil des maîtres. Contre les vrais projets pédagogiques interdisciplinaires qui existent encore assez souvent dans les écoles, rurales ou de quartiers. Contre la dimension artisanale de l’enseignement du premier degré. Contre la pédagogie tout court. A noter, à l’appui de cet argument, que les auteurs du rapport regrettent vivement, tout comme les inspecteurs enquêtés, la disparition de la passation unique des évaluations nationales : celles-ci constituaient l’élément de pilotage essentiel pour manager les écoles vers plus de performance et de compétitivité.

Christian Kresay (avec un petit complément de Claude Didier)


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