L’école des années 30

mercredi 28 janvier 2009
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A quelques jours d’intervalle, fin avril, je lis ou entends deux hommages à l’école des années 30 (du xx ème siècle, puisqu’il faut maintenant préciser…) soit à l’école de la 3ème République, dite encore de Jules Ferry : une fois sous la plume de Robert Guédiguian dans le " Journal des Instituteurs ", une autre fois sur les ondes, dans les mots d’Ivan Levaï.

Je ne voudrais pas minimiser l’importance des lois fondamentales de l’école de la République, mais il ne me semble pas inutile, de temps à autre, de remettre les pendules, et les mérites, à l’heure.

Ayant rouvert mes grands livres, voilà qu’Antoine Prost m’encourage à le faire.

Lisez plutôt :
" Les républicains n’ont pas fondé l’école : l’institution scolaire s’est édifiée tout au long du siècle sous la poussée d’une évolution sociale profonde.

Il reste que les républicains ont conçu une véritable politique scolaire, et qui a réussi : en même temps qu’elle répondait à une exigence populaire, elle en constituait l’accomplissement. S’ils n’ont pas provoqué le mouvement des mœurs, ils l’ont reconnu, pris en charge et conduit à son terme.

On ne comprendrait pas, en effet, la politique républicaine, si on la détachait du courant d’opinion qui la porte. L’instruction est, à l’époque, un idéal collectif. De même qu’aujourd’hui la majorité des membres de notre société admet que la croissance économique est l’objectif essentiel de la collectivité, de même dans la seconde moitié du xix ème siècle, on croyait à l’instruction… " (dans : " L’enseignement en France ". 1800 - 1967. A. Colin 1970)

J’ai donc glané en quelques autres ouvrages des traces de ce "courant d’opinion". En voici quelques-unes, entre beaucoup d’autres.

Dans le débat sur la loi Falloux, à l’Assemblée Législative de 1850, Joseph Benoit, un canut représentant du Rhône, propose cet amendement :

"A partir du 1er janvier 1851, l’instruction primaire sera gratuite et obligatoire. Les enfants empêchés par la distance de suivre les écoles au chef lieu de la commune et que les parents ne pourront y entretenir à leurs dépens seront nourris et logés aux frais de l’Etat ou des départements au chef lieu de canton."
Inutile de préciser ce qui advint de cet amendement et d’autres qui allaient dans le même sens…

Plus tard, dans le temps de la Commune de Paris(18 mars - 28 mai 1871, nous sommes donc dans son 130ème anniversaire, un petit coup de souvenir au passage…), le 2 avril 1871, les membres de la Commune reçoivent une délégation de la Société "L’Education Nouvelle" porteuse d’une requête où l’on découvre, entre autres :
" … Enfin elle demande que l’instruction soit obligatoire, en ce sens qu’elle devienne un droit à la portée de tout enfant quelle que soit sa position sociale et un devoir pour les parents, ou pour les tuteurs, ou pour la société."
Un peu plus tard, le 9 mai 1871, la Commune recevait une motion provenant du 18ème arrondissement lui demandant qu’elle persévère "dans la voie du progrès de l’esprit humain" et décrète formellement "L’instruction laïque, primaire et professionnelle, obligatoire et gratuite à tous les degrés."

(traces relevées dans "pensée ouvrière sur l’éducation pendant la Seconde République et le Second Empire" de Georges Duveau - ouvrage de 330 pages…- et dans "L’Enseignement, L’Enfance et la Culture sous la Commune" de Maurice Dommanget)

Enfin je résiste difficilement à une rapide marche arrière dans le temps pour ce bref extrait du "Programme d’Enseignement de l’Association Fraternelle des Instituteurs, Institutrices et Professeurs Socialistes" de Gustave Lefrançais, Pauline Roland et Pérot du 30 septembre 1849 : " L’enseignement socialiste, se basant sur l’Egalité, guidera l’éducation de l’homme suivant ses aptitudes, sans tenir aucun compte de la condition dans laquelle sa famille sera placée, afin que, lorsqu’il rendra à la société l’enfant qui lui aura été confié, ce soit, non telle ou telle spécialité, … mais un homme dont l’intelligence aura reçu tous les développements qu’elle comportait et qui pourra alors remplir convenablement la fonction vers laquelle ses aptitudes l’auront dirigé."

Voilà donc quelques marches de la longue montée vers les lois de 1880, 81 et 82. Faut-il rappeler que l’exigence populaire qu’évoque Antoine Prost ne fut pas toujours majoritaire et que, des déportés et des proscrits de 1851, 52, aux fusillés de la Semaine Sanglante fin mai 1871, par exemple, la République connut un accouchement long et difficile ?

*

Alors, revenir à l’école de la Troisième République ?
Le souhaiter ne servirait à rien :
" L’évolution sociale profonde" qui l’avait voulue n’est plus.
Cette école, si elle eut d’immenses mérites en son temps, fut-elle pour autant idéale ?
L’opposition Etat/Eglise, n’a-t-elle pas substitué un dogmatisme à un autre ?
L’idéologie colonialiste qui inspirait aussi Jules Ferry n’a pas encore fini de laisser des traces, si peu glorieuses…

Mais le débat est trop vaste pour être ouvert ici.

Une morale à tout ça ?
Une conclusion ?
Celle-ci, peut-être :
Essayer, toujours, d’aller voir sous les grands mots...
Puis choisir.
Et résister, s’il le faut.